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BARRIERE POKER M’A TUER

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Passer de la pratique du poker en ligne à une partie en live réserve parfois bien des surprises et des déconvenues ! Récit imaginaire de l’un de nos rédacteurs basé sur des faits réels ! Casino d'Enghien les Bains

Arrivée dans le casino

Me voici à Enghien-les-Bains, ville proche de Paris et fief de Lucien Barrière (normal, j’avais fait mes premières armes sur barrièrepoker.fr). A l’entrée, j’aperçois les salles de bandits manchots. Mais je n’aime pas trop le hasard, je préfère la stratégie. Après 2 ans de pratique du poker, j’ai pu affiner la mienne à ce jeu, alors pas question de faire un tour du côté de la roulette et de perdre mon temps dans le vacarme des machines à sous : à moi les tapis verts !

D’habitude, je joue en tournoi, autour de 10-20€ de buy-in et plus le dimanche soir lors du tournoi phare de ma room. Avec ma bankroll largement positive depuis plusieurs mois, je me dis qu’il ne peut rien m’arriver et que j’ai le choix :

  • je fais cette première partie en live pour m’amuser, histoire de voir « ce que cela fait », et sans réel risque puisque je peux me permettre de perdre 300€ au jeu
  • je prends ce passage au poker réel au sérieux, comme une première étape pour me préparer à une qualification en live qu’avec un peu de présomption, je me sens de décrocher dans les 3 prochains mois

Mais voyons déjà les tables : ma confiance retombe net, je cherche désespérément le lobby ! Je me sens clairement perdu et m’adresse à un employé du casino : « S’il vous plait, où est le lobby de poker ? ». Celui-ci me dévisage et semble ne pas comprendre. « Vous savez, la liste des parties en cours, des sit-and-go, avec le montant des buy-in ! » « Excusez-moi monsieur, je ne suis pas sûr de comprendre, mais pour jouer au poker, installez-vous plutôt à l’une de ces deux tables où il y a une place libre. N’oubliez pas d’acheter vos jetons ! »

J’en déduis que c’est pour du cash-game, ça ne me plait pas trop… Mais en regardant aussi attentivement que je le peux, je comprends que je n’ai pas le choix : ou bien le cash-game, ou bien direction les bandits-manchots dont il n’est pas question ! De retour de la caisse muni de mes jetons, je m’approche…

Tables de poker au casino

Ma première table

Et si je demandais le pseudo de joueur à chacun, pour regarder au moins sur Sharkscope ?

J’ai entendu dire qu’il faut être observateur pour bien choisir sa table de cash-game : regarder quelle serait ma position, et surtout à qui je vais avoir à faire. J’aimerais tellement avoir mon tracker et Sharkscope avec moi… Et si je demandais le pseudo de joueur à chacun, pour regarder au moins sur Sharkscope depuis mon smartphone ? J’hésite, mais je réalise que ce serait évidemment peu convenu ; et j’ignore même si l’on a le droit de se parler…

Alors vais-je les regarder des heures pour en déduire qu’untel est agressif, untel le fish de la table, tel autre un sacré bluffeur, les scruter si longtemps qu’il sera déjà l’heure pour eux de partir quand j’aurai enfin « toutes les cartes en mains » et que je me déciderai à m’installer ? Tant pis : je m’assieds. Mais tandis que je remuais dans ma tête ces considérations, j’en avais oublié une autre : ma position. Je réalise que je suis UTG. Le croupier distribue ; à moi de parler le premier.

Je regarde les cartes. Chance formidable ou situation désespérante : j’ai les As ! Mais comment faire ? En ligne aussi, j’hésiterais, mais je serais plus réactif et dans mon élément. Mais ici… Je choisis de me contenter de suivre la blinde dont je découvre le montant : 2€. La seule chose qui me retienne est ma difficulté à compter les jetons que je manipule pour la première fois. J’ai peur d’avoir l’air ridicule, mais je n’ai pas le choix : je suis obligé de demander la valeur des bleus et des verts. Noyé dans le stress et la honte, j’entends à peine la réponse. Mais le bon sens reprend finalement le dessus : je n’ai qu’à imiter la blinde…

Je suis immédiatement relancé à 8€ par mon voisin barbu qui porte de grosses lunettes noires. N’ayant pas pris le temps d’observer au moins quelques tours de table, je ne peux en déduire s’il est serré agressif ou s’il veut seulement bluffer. Les autres se couchent jusqu’au donneur, qui lui suit, de même que la petite blinde.

Je contrôle à peine mes émotions et j’ai peur de montrer des tells.

Mais la fille à la grosse blinde, sur laquelle je ne m’étais pas encore attardé, ne l’entend pas ainsi : elle relance à 20€. Je suivrais bien sans réfléchir : j’ai la meilleure main servie, mais surtout cette fille est belle et je veux prendre le temps de la regarder. Blonde, jeune, les yeux d’un bleu adorable selon le mot du poète et une poker face craquante…  J’ai l’impression de jouer contre une fille mignonne pour la première fois, même si en ligne de jolis pseudos féminins me font souvent fantasmer… Elle me plait énormément. Je contrôle à peine mes émotions et j’ai peur de montrer des tells. Avec mes as en mains, j’ai envie de me mettre à danser à poil pour elle sur la table !

Le donneur relance à 40, et après une petite hésitation, la voilà qui fait tapis ! Pourquoi ne pas suivre ? Pré-flop, elle n’aura pas mieux que moi : je vais lui montrer, lui donner une petite leçon et elle me remarquera… Et le donneur se couche : ce sera notre premier tête-à-tête et je suis soulagé de ne pas avoir à compter les jetons !

Abattage : elle révèle . A sa place, je n’aurais pas fait tapis… Je trépigne d’impatience ! Et voici le flop ! Je vois tous les joueurs autour de la table qui retiennent leur respiration : sont sortis. Désormais, elle a 1 chance sur 3 d’avoir une couleur. Au Turn, un as : j’ai le brelan ! C’est l’euphorie, ma difficulté à me contenir est immense. Et puis je pense à sa déception à elle, qui a l’air désespérée, et qui semble m’en vouloir d’avoir touché les as dès mon arrivée.

Mais attention, il reste la River. Le croupier fait un peu durer le suspense : ayant senti qu’il se jouait quelque chose à notre table, des clients du casino se sont disposés tout autour pour regarder, et lui veut leur donner un peu de spectacle. Cela m’évoque Sharon Stone qui, dans le Casino de Scorsese, démente et magnétique, attire tous les regards à la roulette. J’ai l’impression de vivre ce film, en mieux parce qu’il s’agit de poker plutôt que ce qui n’est pour moi qu’un vulgaire loto.

Plumé, le fish !

Le retour à la réalité ne se fait pas attendre longtemps : le croupier retourne doucement la carte. Ce n’est pas la figure ou le chiffre que je vois, mais la couleur rouge du coeur ; puis le dessin du coeur lui-même, et enfin seulement une forme confuse que je distingue à peine et qui ne m’importe pas le moins du monde, celle des petits coeurs ou de la figure.

J’ai perdu. Ai-je perdu vraiment ? Je me tourne vers cette fille blonde. Elle essaye de ne pas montrer trop de joie. J’ai l’impression en scrutant ses yeux qu’elle me prend en pitié ou qu’elle veut me faire signe du regard que ce n’était rien, et que le moment passé ensemble ne fait que commencer et qu’il y en aura bien d’autres. Je m’imagine que n’ai fait que payer le prix pour un rendez-vous ! Mais dans un éclair de lucidité, je comprends ce qu’elle s’est simplement dit : « Plumé, le fish »

Sharon Stone dans Casino de Scorsese

La recave fatale

Je veux insister un peu. Je recave et me fais à plusieurs reprises la promesse en moi-même d’être désormais sérieux, de jouer exactement comme je l’aurais fait en ligne. J’ai le temps d’y réfléchir : je découvre la lenteur du live, moi qui joue plutôt dans les 100-150 mains par heure, et encore sans trop forcer !

Voilà enfin une main rêvée : une paire de Dames. Cette fois, prudence, pas question de me faire décaver encore une fois. Pré-flop, nous sommes 4 à nous être contentés de payer le montant des blindes, cela fait beaucoup ; mais étant à une position intermédiaire, je joue la discrétion, pas de relance hasardeuse… Le croupier révèle le flop : .

Le barbu aux grosses lunettes parle le premier et mise 15€. Je relance à 30€, car je veux le tester. Les autres se couchent ; lui suit. Et voici le Turn : . Rien de notable dans cette carte ; mais lui fait tapis. J’ai un long moment de doute. Je n’arrive pas à formuler en mots, en moi-même, ce qui est en train de se jouer dans ce coup. Son tapis résiste à mes efforts d’analyse. Mon esprit est tout occupé par la jolie fille qui observe du coin de l’oeil, mais j’évite de m’illusionner : elle espère probablement que je recave.

Je ne peux me résoudre à jeter cette main sublime, en dépit du bon sens.

Je regarde à nouveau mes cartes, comme si je doutais de ce que j’y avais vu. Je m’attarde sans raison apparente sur ma dame de coeur, j’en attends peut-être la conduite à adopter. Elle semble me dire que depuis sa réaction au flop, je sais très bien que l’adversaire a un brelan. Mais peut-on ainsi lâcher ses reines ? Je ne peux me résoudre à jeter cette main sublime, en dépit du bon sens et de mon expérience online où jamais je n’aurais procédé ainsi : je suis.

Le barbu commence à rire doucement : il est clair que je me suis fait piéger. Sans surprise, il retourne . Je n’ai que 2 outs, les 2 reines restantes, je n’attends pas de miracle. A peine le croupier a-t-il révélé la river que je quitte mon siège. Je reste debout quelques secondes, l’air hébété. Je me rends à l’évidence : ce soir-là, j’aurais mieux fait de rester chez moi jouer en ligne !

Chabal jouant au poker

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Affreux-loup

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