« Petit joueur » est une insulte entre joueurs qui s’est étendue au vocabulaire commun : Est « un petit joueur » celui qui jamais ne prend de risque.
Ce qui est surtout visé dans le dédain du « petit joueur », c’est le défaut d’entreprise et le manque total d’ambition.
Rien en lui de brillant et, rien en lui de ludique. Il joue petit et repart à l’occasion avec un petit gain. Surtout, il oublie la convivialité du jeu et omet son aléa indéterminé .
On le devine à sa crispation, à son comportement étriqué, à sa peur de perdre la face. Ce avant même de le voir à l’oeuvre du jeu.
Il est comparable au « mauvais joueur ». Ce dernier investit dans le jeu des significations qui n’y sont pas. Il y place sa fierté. Pour cette raison il refuse de perdre. Son sérieux est celui du quotidien et non celui du jeu. Le “mauvais joueur” oublie qu’un fois le jeu fini, tout est effacé.
Le « petit joueur » quant à lui n’assume pas le risque de l’acte ludique, il le subit. Son sérieux est aussi celui de la vie courante. Il va à la table de jeu comme tout le monde, par conformisme, mais il y emporte toute sa personne, ne comprenant pas que le jeu est une insécurité librement aménagée pour son loisir.
Le risque et son estimation font en effet partie intégrante du jeu : « C’est le jeu. »
Quelques phrases types des petits joueurs :
- Une brève conversation surfaite qui aseptise fréquemment nos parties de poker en ligne : « Nice hand » dit le premier, « Thank you » le joueur concerné (« nh » puis « ty » pour les abréviations utilisées). Cet échange semble s’instituer comme formule de politesse alors même qu’elle ne touche aucun attribut de la personne à qui elle s’adresse. Un comble.
- Toujours au poker : « Oh j’aurais dû suivre ! »
- Conseil malheureux en préambule à une explication des règles d’un jeu : « Vous devez apprendre et maîtriser les règles du jeu, cela vous permettra d’être plus à l’aise durant votre première expérience de jeu et permettra au jeu de se dérouler plus rapidement pour l’ensemble des joueurs à votre table. » Ou la rapidité au prix de l’accueil du néophyte et de la convivialité de ses échanges.
- Aux échecs, suite à un mouvement de l’adversaire : « Ah j’avais pas vu ! », sous-entendu « je me suis évadé dans mes profondeurs de pensée ce qui m’a détourné de ton coup somme toute évident et sans mérite ».
Les comportements types du petit joueur :
- A la roulette, jouer de petites mises sur noir et rouge, éventuellement en suivant la technique de martingale ou en jouant la pique-mouche.
- Au poker, malgré une main nulle, suivre la mise de son adversaire dans la volonté de voir sa main, volonté enrobée d’un désir de panache mensonger.
- Au tarot, le petit joueur prend toujours… « une petite » (alors même qu’il faut le même nombre de points pour réussir la garde et que, sur une partie entière, cela rapporte toujours moins de défendre).
Cet article reprend pour partie l’excellente analyse de Colas Duflo du jeu, in Jouer et philosopher, Puf, 1997.
